Consigny : « Hollande, capitaine du Titanic » – Le Point

Ce qu’il faut surtout retenir de l’intervention du président de la République en ce 14 juillet 2013, c’est que l’Élysée est un très joli petit palais. En termes d’harmonie, de symétries, de perspectives, de charme et de proportions, on est dans le top. Vingt ans que je fréquente des architectes, j’vous l’dis, là c’est l’top. Sinon, le bonhomme un peu hilare devant avec Ken et Barbie prenant des poses en face de lui, j’vois point trop qu’en dire. D’abord, il avait gardé le bouton de sa veste fermé, ce qui ne se fait guère lorsqu’on est assis. Passons. Il était étrange, ce type, avec sa voix absente, comme s’il ne voulait pas donner trop d’appui à son propos, de peur qu’on ne croie ce qu’il raconte ou que l’on espère quelque chose, encore, de lui, qu’on ne le prenne pour un vrai détenteur de pouvoir et pas pour ce qu’il cherche à tout prix à être, un fantôme.

Pourtant concentré dans une religiosité toute républicaine pour l’écouter, l’oreille même tendue, l’esprit alerte, et sans que rien ne vienne troubler la cérémonie, et n’ayant pas bu de pastis ni avant ni pendant ni la veille, j’ai oublié instantanément tout ce qu’il racontait. On est, face à la langue boisée hollandaise, comme un poisson rouge qui ne se souvient plus qu’il vient de faire le tour de son bocal quand il en refait un énième. Chaque intervention du président transforme le pays en gigantesque aquarium hébété.

Deux-trois petites choses ont retenu un bout de mon attention. D’abord son air débonnaire, qui fait du président un personnage assez comique, comme si le capitaine du Titanic se poilait pendant le naufrage. Ensuite, un petit moment de dévoilement assez saisissant, quand il a expliqué avec beaucoup d’amusement que tout le monde, en France, aspirait à faire partie de la classe moyenne. Bel aveu ! Tout le socialisme est là. Le communisme ne veut que des pauvres, la rue de Solférino veut des moyens – c’est-à-dire, mais on l’a assez répété, des médiocres. Le gouvernement français oeuvre chaque jour à tous nous moyenniser. Le mariage pour tous, mais ce serait un peu gonflant de s’étendre sur le sujet, c’est un peu ça aussi, et le cauchemar fiscal est un instrument majeur de cette vaste entreprise qui consiste à ce que chacun roule en Renault Scénic.

Enfin, quand même, j’irai un peu dans le sens de Molasse Ier. Il y a, chez François Hollande, quelque chose qui fait partie de l’identité de notre pays et qui doit continuer d’en faire partie : la douceur. Même s’il est en train de tout mettre par terre, cet homme représente un aspect majeur de ce qui fait notre force. La droite, et ses électeurs, et tous les gens qui se plaignent à raison de la voracité administrative doivent entendre que la France, sa singularité dans le concert des nations, c’est aussi la Sécu, la SNCF, la Poste, l’école gratuite… Même si ce système a tendance à produire des « assistés bouffis de ressentiment et de haine », pour reprendre la formule du grand écrivain russe Andréï Makine, il faut en conserver quelque chose. Si la droite doit reprendre le pouvoir pour empêcher, peut-être in extremis, le pays de couler complètement comme un pédalo mal actionné, elle ne peut le faire en promettant un capitalisme débridé à l’américaine. Nous avons raison de snober ces Anglo-Saxons qui croient pouvoir nous donner des leçons alors qu’ils vivent au-dessus des moyens du monde. Nous avons raison de créer des liens forts avec le Brésil et l’Inde, et d’entretenir la fraternité africaine, unique, qui est la nôtre. Nous avons raison de nous méfier de la Chine, et devrions le faire plus encore.

La France peut rester ce pays qui dit que la loi du plus fort peut n’être pas forcément celle en vigueur. Nous sommes les seuls à savoir produire de la beauté, les seuls à faire autant de place à la culture et à l’art sous toutes leurs formes. Notre arrogance si agaçante aux yeux du Financial Times est justifiée. Soyons fiers d’être ce que nous sommes et de ce dont nous avons hérité. Virons l’actuel chef de l’État, mettons quelqu’un d’un peu plus calibré, mais méprisons souverainement le reste du monde, et battons-nous, car nous sommes des guerriers, pour continuer à le faire.

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